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Trophées BNP Paribas - UPEC 2026 : interview des lauréats Inspé

Publié le 14 avril 2026

Jeudi 09 avril 2026, BNP Paribas a remis 13 bourses de 1500€ chacune à des étudiantes et étudiants de l’UPEC pour leurs projets d’insertion professionnelle et d'entrepreneuriat. Deux d'entre eux étudient à l'Inspé : il et elle ont accepté de répondre à nos questions.

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Présentation des deux projets lauréats

"LITTLE SOUNDS BIG ENGLISH" - Apprendre l'anglais par les sons, par Lina Abdelhafid
Une mallette pédagogique pour apprendre l'anglais à l'oral dès le plus jeune âge, grâce à des activités ludiques centrées sur les sons et la participation active.

"QUAND L'EXPÉRIENCE FAIT NAITRE LA PAROLE" - Du vécu aux mots, par Loïc Mindaoui
Une recherche-action en maternelle REP+ qui développe le langage oral à partir d'expériences vécues, pour favoriser la prise de parole dès le plus jeune âge.


INTERVIEW DE LINA

Bonjour Lina, pouvez-vous nous dire dans quelle formation vous êtes inscrite et de quelle licence vous venez ?

Je suis actuellement en deuxième année de Master MEEF parcours 1er degré. Après le baccalauréat je me suis inscrite à la faculté de lettres où j’ai pu suivre une licence en sciences du langage parcours didactique du français et des langues étrangères.


Vous avez été récompensée par le prix BNP Paribas pour la conception d'une mallette pédagogique : dites-nous quels en sont les principaux objectifs.

L’objectif est de créer une mallette pédagogique pour faciliter l’apprentissage de l’anglais par les sons. Cet outil doit être clé en main avec des activité ludiques, structuré et facilement mobilisable en classe. La mallette doit favoriser la participation active des élèves et renforcer leurs confiances en soi à l’oral.


Quelles ont été les étapes clés de sa réalisation ?

Lorsque je me suis inscrite en licence, j’ai découvert l’importance de la phonétique et de la phonologie dans l’apprentissage des langues vivantes. Ces niveaux du langage sont essentiels à la bonne compréhension et réception lorsque l’on souhaite apprendre une langue et particulièrement l’anglais. Je me suis aperçue que ces compétences étaient particulièrement difficiles pour les apprenants francophones en anglais. Lors de ma formation à l’Inspé un de mes enseignants m’a rappelé l’importance de ces domaines et a souligné que c’était une entrée favorisée dans les programmes mais dans les faits peu exploités par les professeurs des écoles. Les enseignants du premier degré non spécialistes en langue préfèrent souvent enseigner des points de langue sur lesquelles ils se sentent plus en confiance comme la grammaire ou la civilisation. C’est au terme de toutes ces connaissances acquises durant mon cursus universitaire que j’ai décidé de créer une mallette pédagogique pour pouvoir mobiliser l’anglais dans les classes du premier degré par la phonétique et la phonologie.


Comment comptez-vous utiliser les fonds attribués pour développer votre projet ou votre formation ?

Une partie du budget est consacré à la création en usine du matériel, des fichiers et des jeux que j’ai conçus et l’autre partie doit permettre l’achat de matériels sonores et objets favorisant l’écoute et la participation orale.


Quelles compétences acquises à l’Inspé ont été déterminantes pour la réussite de votre projet ?

Les enseignements de LVE m’ont permis de me replonger dans mes savoirs acquis en licence et c’est ce qui m’a donné l’idée de cette mallette. J’ai bénéficié d’un enseignement en phonologie et j’ai appris que c’était cette compétence en langue vivante qu’il fallait cibler à l’école primaire. D’autre part les nombreux stages que j’ai pu réaliser m’ont fait comprendre l’importance d’avoir à disposition du matériel facilement mobilisable en classe notamment en anglais où les séances doivent être idéalement réalisées quotidiennement avec les enfants.


Comment envisagez-vous la suite de votre parcours après cette distinction ?

J’espère obtenir mon concours et être en poste de professeur des écoles stagiaire à la rentrée 2026. Je compte réaliser la mallette durant l’été, puis je la ferai évoluer durant l’année au gré des expérimentations que je ferai avec ma classe. J’envisage si possible d’enseigner à l’étranger idéalement dans un pays anglophone.


Un mot pour encourager les futures candidates et candidats à ce challenge ?

Ayez l’audace de présenter votre projet ! Si quelque chose vous passionne, demandez-vous comment vous pourriez l’exploiter avec vos élèves. Il n’y a pas d’échec et les projets dans le domaine de l’éducation peuvent toujours voir le jour avec ou sans ce concours !


Et un mot à vos enseignants ?

Merci aux responsables pédagogiques et aux professeurs des écoles maitres formateurs pour leurs précieux conseils, le temps accordé et le travail fourni durant ces deux années de Master.


Quelles sont vos passions ou centres d’intérêt en dehors de vos études ?

J’aime beaucoup la pâtisserie, lors de ma première année de master j’avais songé à passer mon CAP pâtissier.
Sinon, j’ai une vraie passion pour les langues, j’ai plaisir à en découvrir et en apprendre de nouvelles, comprendre comment elles fonctionnent... Je suis d’avis qu’apprendre une nouvelle langue c’est apprendre une culture !

 

INTERVIEW DE LOIC

Bonjour Loïc, pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques mots ?

Je suis professeur des écoles depuis 8 ans (7 en élémentaire et 1 en maternelle) en éducation prioritaire renforcée (REP+), ainsi que maître formateur depuis deux ans, ce qui m’amène à accompagner des enseignants stagiaires et à intervenir dans la formation initiale.
Avant cela, j’ai eu un parcours atypique, notamment en archéo-anthropologie, puis comme enseignant contractuel en mathématiques, avant de me tourner vers le premier degré.
Actuellement, je suis en Master 2 MEEF « Pratiques et ingénierie de la formation », avec une spécialisation en formation de formateurs et en conseil pédagogique.


Qu’est-ce qui vous a motivé à intégrer l’Inspé de Créteil et à choisir cette formation ?

J’ai souhaité intégrer l’Inspé de Créteil pour approfondir et structurer une réflexion déjà engagée dans ma pratique de classe et dans mon rôle de maître formateur.
Au quotidien, je suis confronté aux enjeux du développement du langage en maternelle (mais aussi en élémentaire), notamment en éducation prioritaire, ce qui a fait émerger chez moi des questionnements que je voulais explorer de manière plus rigoureuse, en m’appuyant sur des apports issus de la recherche.
La formation en Master 2 « Pratiques et ingénierie de la formation » m’a particulièrement intéressé, car elle permet d’articuler pratique de terrain, analyse des pratiques et construction de dispositifs de formation, ce qui correspond pleinement à mes missions actuelles et à mes perspectives professionnelles.


Pouvez-vous nous décrire votre projet en quelques mots ? Quels en sont les objectifs principaux ?

Mon projet de recherche porte sur le développement du langage en maternelle, en particulier en grande section en contexte d’éducation prioritaire renforcée.
Il vise à interroger l’effet de deux modalités pédagogiques sur les productions langagières des élèves : d’une part un enseignement explicite du vocabulaire, et d’autre part une approche fondée sur l’expérience sensible et la médiation culturelle.
L’objectif est de mieux comprendre comment les élèves passent de l’expérience vécue à la mise en mots, et dans quelle mesure certaines pratiques pédagogiques peuvent favoriser une parole plus élaborée, plus structurée et plus signifiante.


Quelles sont les étapes clés de sa réalisation, et quels défis avez-vous rencontrés ?

Le projet s’appuie sur la mise en œuvre d’une séquence en classe autour de la création d’un album collectif, centrée sur les émotions, notamment la peur.
Les élèves sont engagés dans différentes situations : des expériences sensibles (explorations, mises en situation), des temps de remémoration et des moments de verbalisation collective, qui aboutissent à la production d’un récit.
Un des enjeux majeurs a été de construire un dispositif à la fois rigoureux sur le plan méthodologique, tout en restant compatible avec les contraintes et la réalité de la classe.
Le principal défi réside dans l’observation fine des évolutions langagières des élèves, sans réduire ces évolutions à des indicateurs uniquement quantitatifs.


Avez-vous travaillé en équipe ? Si oui, comment s’est organisée la collaboration ?

Même si le projet de recherche est porté individuellement, il s’inscrit dans un travail collectif.
Les échanges avec les formateurs de l’Inspé, les enseignants stagiaires que j’accompagne, ainsi que les collègues de l’école ont nourri la réflexion et permis d’ajuster le dispositif.
Cette collaboration repose principalement sur des temps d’échanges autour des pratiques, des observations de classe et des retours réflexifs, qui ont été essentiels pour faire évoluer le projet.


En quoi cette bourse vous aide-t-elle à concrétiser vos ambitions professionnelles ou académiques ?

Cette bourse représente à la fois un soutien matériel et une reconnaissance institutionnelle importante.
Elle me permet de poursuivre un travail de recherche ancré dans la pratique de classe, tout en lui donnant une portée plus large, notamment dans le champ de la formation des enseignants.
Elle contribue ainsi à faire le lien entre terrain, recherche et formation, qui constitue aujourd’hui un axe central de mon parcours professionnel.
Plus largement, elle m’encourage à poursuivre dans une dynamique de développement professionnel, avec la perspective de continuer à articuler pratique pédagogique, accompagnement des enseignants et réflexion scientifique.


Quelles compétences acquises à l’Inspé ont été déterminantes pour la réussite de votre projet ?

La formation à l’Inspé m’a permis de structurer une réflexion déjà engagée dans ma pratique, en m’apportant des outils d’analyse et des cadres théoriques issus des sciences de l’éducation, de la linguistique et de la psychologie.
Elle a été particulièrement déterminante dans le développement d’une posture réflexive, me permettant de mieux observer, analyser et comprendre les situations de classe, notamment du point de vue des productions langagières des élèves.
J’ai également pu acquérir des compétences méthodologiques essentielles pour conduire un travail de recherche rigoureux, notamment dans la construction du dispositif, le recueil de données et leur analyse.


Comment envisagez-vous la suite de votre parcours après cette distinction ?

À la suite de cette distinction, je souhaite poursuivre dans une dynamique qui articule étroitement pratique de classe, formation et recherche.
À court terme, je souhaite approfondir mon expertise en maternelle, notamment en préparant la spécialisation du CAFIPEMF dans ce domaine, afin de renforcer mon rôle de formateur sur les enjeux spécifiques du cycle 1, en particulier autour du développement du langage.
Parallèlement, je souhaite continuer à développer et à diffuser des pratiques pédagogiques favorisant une entrée plus riche dans le langage, notamment en contexte d’éducation prioritaire.
À plus long terme, je m’inscris dans une perspective de poursuite en recherche, avec l’idée de prolonger ce travail dans un cadre doctoral, tout en conservant un ancrage fort dans le terrain.


Selon vous, quelles qualités ou compétences sont essentielles pour réussir dans ce type de concours ?

Je pense que la première qualité est de partir de questions authentiques, ancrées dans la pratique de terrain.
La rigueur est également essentielle, notamment pour structurer sa réflexion et construire un projet cohérent, mais elle doit toujours rester au service du sens et des enjeux éducatifs.
Enfin, la capacité à prendre du recul sur sa pratique, à l’analyser et à la faire évoluer me semble déterminante.


Comment percevez-vous le rôle des enseignants ou des futurs enseignants dans l’innovation éducative ?

Je pense que les enseignants ont un rôle central dans l’innovation éducative, car ils sont au plus près des élèves et des réalités du terrain.
L’innovation ne consiste pas forcément à inventer du “nouveau”, mais à interroger ses pratiques, à les faire évoluer et à les ajuster pour mieux répondre aux besoins des élèves, en particulier dans des contextes comme l’éducation prioritaire.
Elle repose aussi sur la capacité à articuler des apports issus de la recherche avec l’expérience de classe, afin de construire des pratiques à la fois réfléchies, efficaces et équitables.


Avez-vous des exemples d’initiatives ou de projets qui vous inspirent dans votre domaine ?

Je suis particulièrement inspiré par des approches qui articulent explicitement langage, expérience et structuration des apprentissages.
Les travaux de Goigoux et Cèbe, notamment sur l’enseignement du langage et de la compréhension, montrent l’importance d’un enseignement structuré et progressif. Dans cette perspective, les apports de Bissonnette sur l’enseignement explicite constituent également des repères importants pour penser des pratiques efficaces.
Par ailleurs, les réflexions de Philippe Meirieu invitent à ne pas réduire l’apprentissage à une simple transmission, mais à penser les conditions qui permettent aux élèves de s’engager et de construire du sens.
Les travaux de Marie-France Bishop, notamment autour de dispositifs comme le Visibiléo, ainsi que la pédagogie d’initiation portée par Germaine Tortel, mettent en avant l’importance de la médiation, de l’expérience et de la mise en mots dans les apprentissages.
Dans cette logique, les démarches d’école dehors me semblent également essentielles : elles permettent aux élèves de vivre des expériences riches, concrètes et partagées, qui constituent un support puissant pour le langage, la compréhension du monde et l’engagement dans les apprentissages.
Enfin, les recherches de Marie Bocquillon, notamment sur l’analyse des pratiques professionnelles et la formation des enseignants, apportent un éclairage essentiel pour penser le lien entre recherche, formation et terrain.
Ce sont ces différentes approches, complémentaires, qui nourrissent aujourd’hui ma réflexion et mes pratiques.


Un mot sur l’environnement académique et humain de l’INSPÉ : qu’est-ce qui vous a marqué ?

Ce qui m’a particulièrement marqué à l’Inspé, c’est la qualité des échanges et l’accompagnement proposé, à la fois exigeant et bienveillant.
J’ai pu évoluer dans un environnement qui encourage à questionner ses pratiques, à les analyser et à les faire évoluer, tout en s’appuyant sur des apports théoriques solides.
La richesse des interactions, que ce soit avec les formateurs ou avec les autres étudiants, a également été un élément déterminant, car elle permet de confronter les points de vue et d’enrichir sa réflexion.
C’est un cadre qui permet réellement de prendre du recul sur son métier et de s’inscrire dans une démarche de développement professionnel.


Quelles sont vos passions ou centres d’intérêt en dehors de vos études ?

En dehors de mon activité professionnelle, je m’intéresse particulièrement aux questions anthropologiques et culturelles, notamment à la manière dont les sociétés construisent du sens, des récits et des représentations du monde.
Cet intérêt se nourrit également de mes voyages et de la découverte d’autres cultures, qui me permettent d’élargir mon regard et de mieux appréhender la diversité des expériences humaines.
Je m’intéresse aussi aux arts de manière générale, qu’il s’agisse de littérature, de musique ou d’arts visuels. Ces dimensions nourrissent directement ma pratique enseignante, notamment dans la place que j’accorde à la culture et aux expériences sensibles dans les apprentissages.


Si vous deviez citer une personne qui vous inspire, qui serait-ce et pourquoi ?

Je n’ai pas une seule figure inspirante, mais plutôt plusieurs personnes qui ont jalonné mon parcours et qui ont contribué à me construire professionnellement.
Je pense notamment à l'inspectrice de la circonscription de Bondy, ainsi qu’aux conseillers pédagogiques qui m’ont accompagné tout au long de mes années en tant qu’enseignant. Leur confiance et leur accompagnement ont été déterminants, mais ils m’ont aussi encouragé à m’engager dans des projets structurants.
Les formateurs qui m’ont accompagné lors de la préparation du CAFIPEMF ont également joué un rôle essentiel, en contribuant à structurer ma réflexion et à faire évoluer ma posture professionnelle.
Les formateurs du Master que je suis actuellement jouent eux aussi un rôle important : ils participent à la construction de mon identité professionnelle, mais aussi personnelle, en m’amenant à questionner mes pratiques et à les inscrire dans des cadres théoriques plus larges.
Par ailleurs, la pédagogie de Germaine Tortel constitue aujourd’hui une source d’inspiration importante dans ma pratique. Les échanges au sein de l’association « Sur les pas de Germaine Tortel », dont je fais partie, nourrissent également ma réflexion et mon engagement pédagogique.

Retrouvez les autres projets lauréats sur le site de l'UPEC