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Journée d'étude - Les relations entre Éducation aux Médias et à l'Information (EMI) et Éducation au Développement Durable (EDD)
Journée d'étude organisée par l’Université Paris-Est Créteil, en partenariat avec Teragir et le programme Jeunes Reporters pour l’Environnement. L’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) et l’Éducation au Développement Durable (EDD) partagent une ambition commune : développer l’esprit critique, comprendre les enjeux contemporains et encourager l’engagement citoyen. Pourtant, leurs synergies restent peu explorées… Cette journée vise à croiser les regards de la recherche et du terrain, partager des expériences et identifier des pistes pour renforcer ces deux éducations.
La journée d’étude « Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) et Éducation au Développement Durable (EDD) », organisée le 22 mai 2026 à l’INSPÉ de Saint‑Denis par l’UPEC en partenariat avec Teragir et le programme Jeunes Reporters pour l’Environnement, visait à faire dialoguer deux champs éducatifs souvent pensés séparément alors qu’ils partagent des finalités proches. Dans un contexte marqué à la fois par l’urgence écologique, la circulation de désinformations et la recomposition des environnements médiatiques, cette rencontre a permis de croiser des regards de recherche, d’institutions, d’associations et de journalistes. Les échanges ont été structurés autour de deux tables rondes : la première sur les articulations entre EMI et EDD dans les démarches de projet, la seconde sur les productions médiatiques comme outils d’éducation et de formation environnementale.
Au programme, deux tables rondes pour explorer les liens entre EMI et EDD :
- Table ronde 1 - « EMI et EDD : quelles articulations dans les démarches de projet ? »
Avec :- Élodie Gautier, Référente académique EMI (Académie de Créteil)
- Florence Clément, Coordinatrice information grand public et jeunes (ADEME)
- Pierre-Henry Dodart, Chargé de mission enseignement aux enjeux environnementaux (Ministère de la Transition Écologique)
- Florence Colin, Docteure en sciences de l’éducation (Inspé de Paris)
La première table ronde, intitulée « EMI et EDD : quelles articulations dans les démarches de projet ? », réunissait Élodie Gautier, référente académique EMI pour l’académie de Créteil, Florence Clément, coordinatrice information grand public et jeunes à l’ADEME, Pierre‑Henry Dodart, chargé de mission enseignement aux enjeux environnementaux au ministère de la Transition écologique, et Florence Colin, docteure en sciences de l’éducation à l’INSPE de Paris. À partir de la présentation introductive de Florence Colin, les échanges ont d’abord montré que l’EMI et l’EDD relèvent d’une histoire institutionnelle parallèle : deux éducations transversales, inscrites dans le code de l’éducation, présentes dans les parcours et les programmes, mais sans horaires propres ni discipline identifiée. Cette proximité de statut explique qu’elles partagent des ambitions communes — développer l’esprit critique, former des citoyennes et citoyens responsables, comprendre des enjeux complexes — tout en étant confrontées aux mêmes difficultés de mise en œuvre.
Florence Colin a insisté sur un point : dans les établissements, ces éducations reposent largement sur l’engagement personnel des enseignants, qui s’y investissent souvent par conviction, mais avec peu de formation spécifique et sans toujours maîtriser les cadres institutionnels qui les structurent. Elle a également souligné le risque de dispersion : les élèves rencontrent des projets ponctuels, parfois riches, mais sans que les apprentissages soient toujours explicités ni reliés entre eux dans une progression cohérente. Cette analyse a conduit à interroger la place des démarches de projet comme espace d’articulation possible entre EMI et EDD.
Dans cette perspective, Florence Clément a défendu l’idée que l’articulation entre EMI et EDD permet précisément de dépasser une simple transmission descendante de connaissances. En s’appuyant sur l’expérience de l’ADEME et sur les programmes soutenus avec des partenaires comme Teragir, elle a montré que les projets de terrain invitent les élèves à observer, enquêter, analyser des situations concrètes et remettre en question les « fausses bonnes idées » écologiques. Son exemple des collectes de bouchons en plastique, apparemment vertueux mais inscrit dans une logique de surconsommation, illustre bien la manière dont l’analyse critique de l’information peut enrichir l’éducation environnementale.
Élodie Gautier a prolongé cette réflexion du point de vue de l’EMI en rappelant que les « éducations à » sont souvent perçues par les enseignants comme des ajouts périphériques, voire comme des contraintes supplémentaires par rapport aux disciplines. Or, selon elle, leur intérêt est au contraire de permettre de travailler autrement les savoirs disciplinaires, en les réinvestissant dans des situations complexes et socialement vives. L’EMI, comme l’EDD, ne doit donc pas être pensée comme un supplément, mais comme une manière de mobiliser des connaissances, des méthodes et des postures critiques dans un cadre interdisciplinaire.
Les échanges avec Pierre‑Henry Dodart ont renforcé cette approche en replaçant la question dans une perspective plus large de politique publique éducative autour des enjeux environnementaux. L’ensemble de la discussion a fait apparaître plusieurs points d’appui concrets pour une articulation entre EMI et EDD : travailler sur la désinformation climatique, penser la frugalité numérique, mobiliser la notion d’écosystème à la fois dans sa dimension environnementale et informationnelle, ou encore aborder les effets de fatigue et de vulnérabilité face à la surinformation et à l’éco‑anxiété. Ainsi, la première table ronde a surtout montré que l’articulation EMI/EDD devient féconde lorsqu’elle s’inscrit dans des projets d’enquête, de production et de discussion, plutôt que dans une simple juxtaposition de contenus.
- Table ronde 2 - « Les productions médiatiques : des outils pour l’éducation et la formation environnementale ? »
Avec :- Mathilde Gracia, Journaliste environnement (France Télévisions)
- Florence Gault, Journaliste indépendante (En un battement d’aile)
- Célie Caraty, Chargée de plaidoyer national (QuotaClimat)
- Ingrid Mayeur, Maîtresse de conférences (Université de Liège)
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Elise Shürgers, docteure en sciences du langage, post-doctorante Université de Liège
La seconde table ronde, intitulée « Les productions médiatiques : des outils pour l’éducation et la formation environnementale ? », réunissait Mathilde Gracia, journaliste environnement à France Télévisions, Florence Gault, journaliste indépendante, Célie Caraty, chargée de plaidoyer national à QuotaClimat, Ingrid Mayeur, maîtresse de conférences à l’Université de Liège, et Élise Shürgers, docteure en sciences du langage et post‑doctorante à l’Université de Liège. Cette séquence s’est centrée sur les productions médiatiques elles‑mêmes, à la fois comme objets d’analyse, comme supports pédagogiques et comme instruments de médiation des savoirs environnementaux.
La présentation d’Ingrid Mayeur et d’Élise Shürgers a pris pour point d’appui l’analyse des capsules « Climatiquement correct », issues de l’émission belge « Quel temps pour la planète » et transformées en ressources éducatives sur la plateforme e‑classe. Elles ont montré que ces capsules reposent sur une scénographie de fact‑checking très identifiable : une idée reçue sur le climat est formulée, partiellement reconnue, puis déconstruite et replacée dans le cadre du consensus scientifique. Cette mise en forme permet une circulation pédagogique efficace, mais elle produit aussi des effets de cadrage : elle distribue fortement les positions entre parole valide et parole disqualifiée, entre expertise scientifique et discours climatosceptique.
Leur analyse a mis en évidence plusieurs glissements dans la remédiation de ces objets médiatiques en ressources scolaires : glissement d’une éducation par les médias à une éducation aux médias, glissement de l’« idée reçue » à la « fake news », et glissement d’une sensibilisation à une forme d’encapacitation citoyenne plus prescriptive. En d’autres termes, la ressource ne transmet pas seulement un contenu sur le climat ; elle propose aussi un certain partage du vrai et du faux, du légitime et de l’illégitime, qui mérite lui‑même d’être interrogé en situation éducative.
L’intervention de Célie Caraty, à partir des travaux de QuotaClimat et de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie, a déplacé la focale vers le traitement médiatique du climat dans l’espace public français. Elle a montré que la désinformation climatique se diffuse dans des moments de forte intensité politique et médiatique, qu’elle emprunte des narratifs récurrents, et qu’elle engage des risques démocratiques, stratégiques et informationnels. Les données présentées sur la couverture médiatique, les narratifs de désinformation et les acteurs qui les relaient confirment que l’enjeu n’est pas seulement de mieux informer sur le climat, mais aussi de défendre un droit à une information intègre.
Les interventions de Mathilde Gracia et Florence Gault ont permis d’ancrer ces analyses dans les pratiques journalistiques. La réflexion a ainsi porté sur les conditions dans lesquelles un reportage, une capsule vidéo ou un format journalistique peuvent soutenir une éducation environnementale sans se réduire à un discours d’autorité ni à une mise en récit simplificatrice. Cette seconde table ronde a finalement montré que les productions médiatiques peuvent devenir des outils éducatifs à condition d’être travaillées dans leur matérialité, leurs cadrages, leurs logiques d’énonciation et leurs effets politiques, et pas seulement comme de simples supports illustratifs.
Au terme de la journée, les deux tables rondes ont fait apparaître une convergence forte : EMI et EDD ont tout intérêt à être pensées ensemble dès lors qu’il s’agit de former à la compréhension critique des enjeux contemporains et à la capacité d’agir. La première table ronde a montré que cette articulation prend sens dans les démarches de projet, l’enquête de terrain et la coopération entre institutions, enseignants et partenaires. La seconde a mis en évidence que les productions médiatiques sont à la fois des ressources et des objets à problématiser. L’ensemble des échanges invite ainsi à dépasser une logique de juxtaposition entre deux « éducations à » déjà nombreuses, pour construire une éducation à la citoyenneté médiatique et environnementale. Une telle perspective suppose de mieux former les enseignants, de rendre plus visibles les continuités curriculaires, d’expliciter les apprentissages construits dans les projets, et de travailler les médias non seulement comme vecteurs d’information, mais comme espaces de pouvoir, de cadrage et de controverses.
Pour accéder aux enregistrements des intervenants, dérouler la playlist disponible dans le lecteur ci-dessous.
Note importante : l'enregistrement de cette journée d'étude en hybride a été générée par la la plateforme de visioconférence utilisée. La qualité de l'enregistrement audio n'est pas toujours optimale. Merci pour votre compréhension.
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